J'étais bien, j'avais un emploi d'été. Je travaillais pour Collège Pro, une compagnie de peinture étudiant. J'avais beaucoup de plaisir à peinturer. Moi, ma patronne et ma coéquipière, on s'est entendu vraiment bien dès le départ.
Un jour, durant cet été, j'ai commencé à souffrir d'un mal de tête. Mon père et sa copine (ma mère est décédée) étaient partis en voyage aux Îles-de-la-Madeleine. J'étais donc seul à la maison avec ce mal de tête qui persistait et qui commençait à m'empêcher de dormir. Pendant une semaine, je me disais que le mal allait disparaître et que ce n'était qu'un virus qui donne des maux de tête. J'en parle un peu à ma coéquipière et à ma patronne. Après quelques jours, elles commencent à me dire que je devrais aller voir un médecin. Je leur dis que ce n'est pas vraiment nécessaire, que ça va passer. Je finis quand même par aller à la clinique. Après trois heures d'attente, j'explique mes souffrances au médecin qui me dit que c'est juste une grosse migraine et il me conseille de prendre des acétaminophènes (tylenols) et que ça devrait partir « éventuellement ». Comme si je n'avais pas pensé à prendre des tylenols! Entre temps, mon père m'appelle pour avoir des nouvelles, je lui dis ce qui se passe et ce que le médecin a dit. Ils sont inquiets et m'offrent de revenir plus tôt. Je leur dis qu'ils doivent profiter de leur voyage et que je n'ai rien de grave. À leur retour, près d'une semaine après, ils constatent mon état. Je commençais alors à voir double et les maux de tête s'aggravaient. On décide donc d'aller voir le médecin de famille en urgence. Je commençais à penser que j'avais besoin d'une prescription alors j'étais d'accord avec mon père et sa copine.
En arrivant chez le médecin, il me demande des informations sur ma famille, il teste mes réflexes, regarde l'intérieur de ma gorge, vérifie si ma force est égale partout, et regarde l'intérieur de mes yeux. C'est alors qu'il observe que mon nerf optique est enflé et conclue que c'est la cause de ma vision double. Mais il se demande pourquoi mon nerf optique est enflé. La clinique familiale est à quelques minutes de marche de l'hôpital Notre-Dame. Il m'envoie donc voir l'ophtalmologiste qui lui m'envoie passer un scanner et ils se rendent compte que j'avais une masse d'environ 4,5 cm par 5 cm au cerveau.
Ils me gardent donc à l'hôpital. Je dois passer une série de tests (résonance magnétique, radiographies des poumons, beaucoup de prises de sang, écographie cardiaque, ponction lombaire.) pour évaluer quelle est la nature de cette masse. Après quelques jours dans le corridor, ils m'annoncent que c'est une tumeur bénigne et qu'il va falloir opérer. J'ai dû abandonner mes cours et mon père a pris congé de son travail. Je monte finalement dans une chambre et attend l'opération. Je rencontre beaucoup de médecins, d'infirmières et je passe des tests. L'opération est planifiée pour le 15 août et va être faite par le docteur Moumdjian, à qui je dois la vie. L'opération se déroule à merveille, le médecin est fier de lui, il a pu enlever la tumeur sans toucher aux autres parties du cerveau et en moins de temps que prévu. Mes maux de tête étaient enfin partis et je voyais normalement. Disons que ça faisait du bien. Par contre, j'avais un gros bandeau blanc sur la tête et j'étais très fatigué. On m'envoie chez moi quelques jours après l'opération. Je fais enlever mes broches et la cicatrice est très belle.
J'ai eu un « congé » d'environ un mois, à la suite de quoi, je commençais mes traitements de radiothérapie qui allaient durer six semaines intensives où, à chaque matin (sauf la fin de semaine) je devais me rendre à l'hôpital Notre-Dame pour être irradié de rayons dans un moule en plâtre moulé à mon corps. Après ce traitement, on m'envoie à l'hôpital Sainte-Justine pour les traitements de chimiothérapie. C'est alors que je rencontre mon nouveau médecin, le docteur Moghrabi, à qui je dois énormément. Je dois subir ces traitements pendant 11 mois à raison d'une semaine par mois. En un mois, j'ai perdu 40 livres. Plus rien ne goûtait bon, et chaque fois que je mangeais quelque chose, j'avais des nausées et souvent la nourriture ne restait pas très longtemps dans mon corps. Ils ont donc décidé de me nourrir artificiellement par un tube gastrique. Je me souviens très bien du « milk-shake blanc » que je devais mettre à tous les soirs dans la machine. Le trou qu'ils ont fait dans mon ventre s'infectait presque à chaque traitement et je devais retourner à l'hôpital pour qu'on m'administre des antidouleurs tels que la morphine, la codéine et les tylenols. Ils me gardaient quelques jours encore et je pouvais finalement retourner chez moi pour « relaxer » et dormir pendant près de deux semaines. Au mois de novembre 2004, je termine mon denier traitement en faisant une réaction extrapyramidale, ce qui consiste à une enflure et à une paralysie temporaire du cou et de la figure. J'ai reçu trop de produits chimiques sans recevoir d'anti allergènes et c'est ce qui a causé cette réaction. Il était tard dans l'après midi et une difficulté à respirer inquiète l'infirmière. Elle appelle un médecin qui est de garde qui m'explique que les réactions extrapyramidales ne durent jamais très longtemps. Évidemment, ayant de la difficulté à respirer et à parler, j'avais peur de rester dans cet état là. Finalement, quatre heures plus tard, la réaction s'estompe et ils décident de laisser tomber mon dernier traitement. C'est la fin!
Un mois après, ils me disent que je suis en rémission et que les tests se montrent concluants. Je recommence à vivre un peu plus normalement. Un jour où j'étais à l'hôpital, une infirmière me parle d'une fondation (sur la pointe-des-pieds) qui offre des expéditions à des gens en rémission de cancer à travers le Canada. On m'offrait d'aller faire une excursion en rabaska (canot à 12 personnes) sur la rivière Georges qui se jette dans la baie d'Ungava. J'accepte aussitôt et espère être choisi! Je pars finalement le 12 août 2005 avec cette fondation pour faire l'un des plus beaux voyages de ma vie. Mon ancienne patronne, avec qui je suis devenu ami, m'appelle pour m'offrir du travail, toujours dans la peinture et j'accepte à condition de ne pas faire des trop grosses semaines.
Je reprends les cours en automne, en sciences de la nature, sans trop charger mon horaire, question de pouvoir récupérer. Je change ensuite de branche pour m'en aller en sciences humaines, où je suis présentement. J'hésite beaucoup pour mes projets d'avenir, mais j'aimerais bien devenir caméraman. Le voyage sur la rivière Georges m'a beaucoup inspiré pour l'avenir. J'avais déjà pensé travailler dans le monde du spectacle (en arrière scène) et devenir directeur photo. Mais l'expédition, qui était filmé, m'a poussé dans cette direction.